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Retraite > Les inégalités du système de retraite

Retraites : des inégalités criantes

Alors que le gouvernement prépare pour l'automne un nouveau projet de réforme des retraites (le quatrième en 10 ans), les travaux récents du Conseil d'orientation des retraites (COR) dressent le constat d'un système profondément inégalitaire. Les réformes successives auraient donc échoué, non seulement à combler le déficit des régimes, mais aussi à le rendre plus équitable, malgré quelques progrès.

 

4/25/14 |
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Inégalités homme-femme

La retraite est sans doute le domaine où la disparité entre hommes et femmes est la plus criante, comme le confirme l'état des lieux établi par le COR en janvier 2013.

Pénalisées par les interruptions de carrière, dues à la naissance et à l'éducation de leurs enfants, par un niveau de rémunération généralement moindre, par une sur-représentation dans le travail à temps partiel et les emplois peu qualifiés, les femmes touchent en effet une pension nettement inférieure à celle des hommes.

Fin 2010, le montant moyen de la pension totale (droits propres + réversion + avantages accessoires) s'élevait à 1 623 € pour les hommes et à 1 174 € pour les femmes, soit une différence de 38 %. Si l'on retient le seul niveau de pension généré par le travail (hors réversion et avantages accessoires), l'inégalité est encore plus frappante : 1 552 € pour les hommes et 899 € pour les femmes.

 

Heureusement, cet écart se réduit, sous l'effet de 2 facteurs : le départ en retraite de générations féminines ayant vécu une carrière plus longue (après leur émancipation du modèle social et familial classique) ; les mesures de solidarité prises par les gouvernements successifs ou par les partenaires sociaux (majoration de durée d'assurance pour enfants, attribution de trimestres pour congé parental, pensions de réversion).

En 2010, la pension totale des femmes, tous régimes de retraite confondus, atteignait ainsi 72,3 % de celle des hommes, contre 71,7 % en 2008. Et pour les seuls droits propres (issus du travail), la pension moyenne des femmes représentait 57,9 % de celle des hommes en 2010, contre 54,6 % en 2004.

Inégalités entre régimes et statuts

Le système de retraite français comporte une vingtaine de régimes de base. Cette dispersion génère de grandes disparités dans les modes de calcul des pensions et les âges de départ en retraite.

L'inégalité la plus fréquemment citée est celle existant entre les pensions de la fonction publique, calculées sur les 6 derniers mois de salaire, et celles du secteur privé, fondées sur les 25 meilleures années.

D'autres inégalités sont encore plus flagrantes : En 2011, la pension moyenne d'un agent EDF-GDF était supérieure de 27 % à celle d'un fonctionnaire d’État, de 46 % à celle d'un cadre du privé, de 171 % à celle d'un salarié du privé et de 450 % à celle d'un indépendant ! De même, la retraite moyenne d'un fonctionnaire d’État est plus de deux fois supérieure à celle d'un salarié du privé.

 

Selon le COR, ces inégalités persisteront à l'avenir, voire seront aggravées. Ainsi la réforme des régimes spéciaux, en 2008, a permis un alignement de la durée de cotisation des agents SNCF sur celle de la fonction publique. En contrepartie, elle a octroyé à la SNCF la création d'indices de rémunération supplémentaire. Cet avantage devrait entraîner une forte progression de la pension moyenne pour les cheminots : de 22 769 € en 2011 à 43 594 € en 2060, soit un bond de 93 % ! Dans le même temps, la pension moyenne ne devrait augmenter que de 34 % pour les fonctionnaires d’État, de 27 % pour les cadres du privé... et diminuer de 16 % pour les professions libérales.

 

Voir les projections du COR sur les retraites jusqu'en 2060 >>

Inégalités entre cadres et non cadres

En matière de retraite, les cadres possèdent un net avantage sur le reste des salariés du privé - en particulier les ouvriers - et pas seulement en raison d'une rémunération plus élevée.

D'une part ils bénéficient d'une retraite complémentaire plus consistante, en cotisant à la fois à l'ARRCO et à l'AGIRC - les autres salariés ne cotisant qu'à l'ARRCO.

D'autre part leur espérance de vie est supérieure, entraînant la perception de pensions sur une durée plus longue. L'Observatoire des inégalités a précisément chiffré cet avantage.

Le constat est sans appel : le cadre dispose en moyenne d'une espérance de retraite près de 3 fois supérieure à celle d'un ouvrier.

Auteur : Paul Arguin
Journaliste